Cet article est la suite de Qu’est-ce que la gratitude ?

Continuons notre exploration de la gratitude et quelques pistes d’entraînement à cette pratique très puissante.

De la gratitude d’exister

Tout ce qui est, apparaît est grâce. Nous pouvons recevoir le monde, nous recevoir nous-même comme possédant ce droit de paraître, de montrer qui nous sommes, de contribuer, sans avoir à nous contorsionner pour nous faire une place.
C’est avec et parmi tous les liens, toutes les trames que j’existe et dont je suis une expression singulière, originale. Comme il est dit dans le texte de la Boussole des Cinq Racines.
Plutôt que de se plaindre d’exister, s’en émerveiller. La gratitude est un hymne à la vie sans fin donnée et reçue sans fin.

Dans la grâce disparaît le souci de soi, les justifications. Simplement rendre grâce sans même se préoccuper si on a la grâce. C’est un re-commencement perpétuel de mise au monde. Tout ce qui est l’est par grâce.

La gratitude est gratuité

le mot grâce signifie aussi que tout existe comme ça pour rien – Nous existons, même sans être qualifié, actif, branché ou quoique ce soit d’autre. C’est le non-marchand de l’être, le donné pour rien, le non appropriable, le non économique, le non politique, le non identifié à quoi que ce soit.

La gratitude est gratuité, vacuité de joie, plénitude de l’être à l’instant dans l’inter-être des trames du vivant. Nous revenons à notre nature dans la nature en marche qui renvoie si bien ces résonances de beauté et de bonté. La nature est ressourçante par l’écho de qualité en miroir : l’arbre est stable, l’oiseau libre, la fleur accomplie.

Tout ce que je donne je le reçois dans un même mouvement.

La gratitude est générosité, ouverture à la fécondité, à l’abondance de la vie.

C’est renouer avec le sens de l’enchantement, de la beauté/bonté/grâce de ce qui est.


La gratitude comme point de vue éthique

la gratitude peut être le moteur invisible d’une éthique : chacun est autorisé à être, à interprété ce qu’il a reçu, à être responsable de ce qu’il fait de sa vie et de ses rencontres. La gratitude permet de reprendre sa vie en mains. Elle favorise une forme de bien être en soi et a aussi un effet non négligeable sur les relations.

Des études ont été menées pour favoriser la gratitude au travail. Il s’avère que quand on en bénéficie on se sent bien, mieux, plus en confiance et on a envie de donner plus, cependant la pratiquer demeure difficile.
On comprend bien que dans certains milieux cela pourrait être utilisé comme une manipulation. Bien que cela puisse aussi être une manière autre d’envisager les relations au travail. Tout dépend de l’intention.
Remercier l’autre c’est le rencontrer dans une égalité au-delà des rôles, c’est aussi ne pas prendre les choses comme acquises ou allant de soi mais remettre l’humain au cœur de toute action. Cela résonne sur le bon fond de chacun. Car chaque personne a le désir de bien faire, au-delà des malentendus. En tous cas c’est le message que l’on peut sincèrement faire passer et cela peut être reçu ou pas. Car évidemment nous pouvons aussi ne pas recevoir la gratitude ni la percevoir, selon notre histoire, et tout ce que nous avons déjà évoqué précédemment sur les facteurs d’ingratitude.
La gratitude pourrait-elle faire partie d’un changement de conscience dans les relations sociales les plus dures et difficiles et changer les rapports ? La question reste ouverte.

Une éthique de bonté, de compassion comme développement inter-personnel inclut la gratitude.

La gratitude au cœur de la transformation

Robert Emmons dans son livre Merci !, affirme que les personnes qui pratiquent la gratitude guérissent mieux, sont moins déprimées, plus reconnaissantes, ont plus de ressources, sont plus résilientes.
Des études ont aussi montré que pratiquer la gratitude, l’amour et la compassion favorise une meilleure communication entre le cœur et le cerveau.

On est plus reconnaissant, moins déprimé, ou déprimé moins longtemps, on est plus conscient de la précieuse existence humaine et de ne pas la gaspiller. On met son énergie dans ce qui fait sens pour soi, sachant que cette vie a une durée limitée et que l’instant présent nous ouvre à chaque fois la porte de nouveaux possibles intérieurs.

La pratique de la gratitude améliore l’attention bienveillante et la cultive, ainsi que la mémoire du vécu du cœur. Elle permet de savourer au quotidien les petites choses de la vie. Elle augmente le respect mutuel. Elle est signe de maturité, d’une conscience de la générosité de la vie qui vient aussi de notre capacité à transformer l’adversité.
Transformer l’adversité c’est voir que nous pouvons changer notre regard, notre discours mental ou en tous cas le suspendre quand il va trop loin dans ses manipulations. Certes il y a des situations difficiles, douloureuses, des relations conflictuelles, des défis à relever, d’autant pus avons nous besoin de la gratitude pour
développer des ressources, être disponible à ce qui se présente à nous pour agir en connaissance des causes et conditions, avec moins de filtre et de réactivité.
Cultiver la gratitude c’est chaque jour rééduquer son regard pour voir la contribution des uns et des autres, se relier plus en conscience, en douceur, avec le coeur sur la main, et la clarté en fond d’écran mental.

Quelques pistes pour s’entraîner

La pratique du naikan est un entraînement sous la forme de ces trois questions :

qu’ai-je reçu ?
qu’ai-je donné ?
En quoi ai-je été une source de difficultés pour autrui ?

Vous pouvez vous poser ces questions pour une journée ou sur une période particulière. Vous pouvez noter sur votre cahier de gratitude tout ce dont vous prenez conscience. Il ne s’agit ni de se juger ni de culpabiliser mais de grandir en conscience.

Gratitude, conscience élargie et créativité sont souvent complémentaires.
Quelque soit votre talent, laisser s’exprimer ces « dons » sous la forme qui vous rend heureux, joyeux et vous reconnecte à votre essence.
Par la gratitude, la conscience est fluide et joyeuse et a envie d’exprimer, de donner, d’offrir, comme ça, à la vie, juste pour la gratis attitude.
Alors décomplexez-vous et tentez l’expérience à votre guise.

Apprendre à rendre hommage chaque jour et en fin de journée en se remémorant sa journée, les bons moments, les savourer, les apprécier.

Si nous avons vécu des choses difficile, douloureuses, nous y faisons face. Nous reconnaissons que nous ne savons pas pourquoi nous vivons certaines choses, que cela reste un mystère qui nous questionne, alors nous nous laissons être dans cette ouverture et ce face à face insoluble en choisissant de n’avoir pas de réponse.

La prière peut être aussi l’occasion de mettre des mots sur le fait de s’en remettre entre des mains bienveillantes, les mains de la vie.
Cela peut être pour les personnes qui connaissent ces pratiques, Tchenrézi, Tara ou d’autres ou selon votre aspiration personnelle ce qui parle à votre coeur.

Vous pouvez mettre des mots qui vous touchent, ou utiliser des prières qui existent déjà.
Voici par exemple ce que m’a inspiré cette réflexion sur la gratitude :


Je m’en remets à la vivacité de la vie
à la grâce de tous les liens
au re-commencement perpétuel du monde
à chaque instant
toute apparition est grâce
contribution et liberté
Je remercie et apprends de tout ce qui est
Je donne et reçois pour ce que j’ai déjà
ce que je suis déjà

je m’en remets à la joie inconditionnée
au simple bonheur d’être
à l’infinie fécondité du monde en
mouvement

je prends soin de tous les aspects de mon existence
quand les choses sont difficiles je sais que

ce qui est perdu pour l’ego est gagné pour l’éveil

La lettre de gratitude : des études en neurosciences ont montré que recevoir une lettre de gratitude était plus puissant que de se réciter régulièrement quelques phrases de remerciements.

Comment s’y prendre ? Écrire une lettre de gratitude à quelqu’un, lui donner rendez-vous sans qu’il sache pourquoi et lui lire la lettre. Et observez, ressentez les effets de cette action.
De même nous avons besoin de lire des histoires inspirantes de personnes qui ont réussi malgré les difficultés qui se présentaient à elles à rebondir, à faire preuve de résilience. Ou celles qui ont reçu de l’aide de la vie quelque soit la forme que cela prenait.
Savoir que d’autres ont reçu du soutien, de l’aide change la chimie du cerveau.
Recevoir a donc un impact puissant sur le sens que nous pouvons donner aux difficultés lorsque nous les surmontons grâce aux soutiens, aux miracles, aux synchronicités qui ont joué en notre faveur.
Comme le précise très bien Boris Cyrulnik, le malheur, la souffrance peuvent devenir le levier qui donnera sens à nos actions, plutôt que de se vivre comme victime, il est possible de mobiliser son énergie pour la mettre au service de ce qui a sens pour nous.

Il y a des exemples un peu partout. Je me souviens, il y a quelques années, du livre Bouillon de poulet pour l’âme de la femme de Jack Canfield, Mark Victor Hansen, et Marcy Shimoff, des histoires qui réchauffent le coeur et l’âme.

Dans la voie spirituelle, il y a de nombreux exemples de cela, par exemple Milarépa qui a pratiqué la magie noire et a tué des personnes, réalise soudain ce qu’il a fait, ce qu’il a fait subir à d’autres êtres humains, retrouvant alors son âme sensible d’être humain, il investit son énergie dans ce qui fait sens à présent pour lui, la réparation de ses actes en s’éveillant.

Ces modèles, histoires, sont essentiels pour renouer avec notre humanité au-delà des rôles sociaux qui nous formatent ou nous amènent à devenir inhumains, de manière insidieuse, comme tout le monde.

Des modèles ancestraux

A travers les mythes, les contes, les récits de nos ancêtres, les films, les livres, nous avons une source inépuisable pour alimenter, nourrir la source de la gratitude en nous qui maintient le coeur ouvert et la confiance en la vie.
Transmettre ces histoires c’est redonner du terreau aux jeunes générations, plutôt que d’inculquer le désespoir d’une vie absurde, d’une guerre permanente qui réduit la vie ne bien ou mal, pour ou contre, etc

En tant que parent, enseignant, accompagnant, il est bienvenu de transmettre des valeurs nécessaires pour traverser l’existence.

Ce qui m’a aidé pour en aider d’autres. C’est ce que l’on appelle la culture. Cultiver ce qui vaut la peine d’être cultivé en tant qu’être humain, pour le devenir, pour le rester, pour s’accomplir.

Commet bien pratiquer la gratitude ?

Pourquoi « bien » car ce n’est pas juste quelques merci au quotidien, surtout quand ils sont automatiques qui nous changeront en profondeur.

La gratitude a la puissance de nous redonner de l’élan, de redonner du sens, à travers l’adversité rencontrée, si nous sommes réellement touché.
La grâce d’être touché est aussi bien dans l’émerveillement du monde que dans le sens qui peut naître lorsque l’adversité est un levier déclencheur.
Je n’évoquerai pas ici pourquoi certaines personnes ont plus de facilité à pratiquer la gratitude que d’autres. Retenons cependant que tout le monde peut faire de la gratitude une pratique.

Merci à vous d’avoir été au bout de cette lecture – Et bonne pratique !

Petite précision sur le Script de ces articles : Je n’ai pas accordé le féminin, car le masculin est pour moi neutre comme dans : il pleut il neige il fait froid etc aussi parfois il m’arrive de faire attention à accorder selon le féminin inclusif mais pour moi il l’est toujours. Et parfois j’ai accordé à ma réflexion une autre cible et je n’avais pas envie de me contraindre à surjouer la politique orthographié.e

Merci pour votre sourire compatissant.

Une version pdf des deux articles sur la gratitude est disponible pour les abonnés au réseau