Accueille avec douceur les émotions
- Hélène C Wangmo

- il y a 2 jours
- 8 min de lecture
Nous voulons contrôler les émotions. Les dépasser. Ne pas les montrer. On nous a appris que c'est cela, la force. Mais cette force coûte énormément d'énergie, et elle nous coupe du vivant.
Accueillir avec douceur les émotions, c'est apprendre quelque chose de différent : non pas maîtriser, mais traverser. Non pas résister à la vague - devenir l'espace où elle peut se former, monter et se dissoudre. La douceur n'est pas une mollesse. La vulnérabilité n'est pas une incapacité. Et la vraie force, ce n'est pas celle qui refoule et qui tient bon.
La formule et son inverse
« Accueille avec douceur les émotions ». On pourrait renforcer cette maxime : « Laisse-toi accueillir avec douceur les émotions », « Laisse-toi traverser par ce que tu ressens ». Parfois, pour prendre toute la dimension d'une phrase, on peut formuler l'inverse. Ici, ce serait : « Repousser avec violence ce que je ressens ».
Ce qui nous amène à nous interroger : est-ce qu'il y a des émotions qu'on évite de ressentir ? Qu'est-ce que ça signifie de ne pas vouloir ressentir certaines choses ? Et comment je m'y prends pour les éviter ?
Avec ce thème, vous pouvez déjà être dans cette ouverture intérieure, laisser apparaître ces émotions auxquelles vous ne laissez pas de place, que vous ne voulez pas ressentir. En même temps que vous écoutez, être dans cet espace ouvert où peut-être des ressentis vont pouvoir se manifester pour être reconnus, pour laisser les émotions remonter à la surface, pour accueillir et ressentir sans jugement, simplement en observant.
L'émotion n'est pas l'ennemi
Quelle que soit l'émotion, même si elle vous semble douloureuse, difficile, négative - c'est accueillir : observer sans jugement, sans se juger, sans chercher à réparer, à éviter, à justifier. Laissez simplement le mouvement apparaître. Laissez-vous devenir un espace d'hospitalité envers ce qui vous traverse.
Car habituellement on essaie de contrôler les émotions, on les vit comme des ennemis. On assimile même cela à une forme de sagesse : dépasse tes émotions, débarrasse-toi des émotions. Apprends à ne pas montrer ce que tu ressens, parce que c'est un signe de faiblesse. Sois fort - dans le sens ne montre pas ce que tu ressens, endurcis-toi. Et ça n'est pas la véritable force que de s'endurcir.
C'est peut-être ce qu'on a entendu dans le milieu dans lequel on a évolué depuis notre enfance, où il y a toutes ces injonctions que l'on a intériorisées et qui nous donnent une certaine attitude vis-à-vis des émotions. Et puis il y a toutes les blessures que l'on a pu vivre, toutes les dynamiques familiales qui continuent à être actives en nous et dans nos relations, qui génèrent des émotions et, en lien avec elles, tout un scénario, tout un discours que l'on se raconte à soi-même - des émotions souvent extrêmement douloureuses qui nous donnent une image de nous-mêmes très négative. C'est comme si on n'était jamais assez, on se mésestime, on se sous-estime. Et c'est lié à toute une manière de se parler dans le dialogue intérieur. On sait que ce monde intérieur, la façon dont on s'adresse à soi-même, c'est aussi ce qui va se refléter dans le monde extérieur.
Refouler, défouler, s'identifier
Considérons cette question des émotions : elles ne sont pas des ennemis. Lorsque nous les rejetons, les évitons, les refoulons, elles deviennent souffrance. Mais lorsque nous nous y identifions totalement, lorsque nous sommes dans une forme de compulsion, nous sommes pris dans une identité réactive où nous ne sommes qu'émotions. L'émotion nous possède - comme on dit : c'est plus fort que moi. Je me suis laissée aller à dire certaines choses, à me comporter d'une certaine manière, parce que j'étais totalement sous l'emprise émotionnelle, identifiée à l'émotion. Ce n'est pas tant l'émotion elle-même que cette saisie, cette identification, qui devient presque notre personnalité réactive.
Vous avez pu constater cela, en vous-même ou autour de vous. On dit des personnes qui partent au quart de tour, dans une forme d'impulsivité réactive, violente, agressive, comme si c'était vraiment elles. Elles sont totalement identifiées à ces émotions douloureuses, difficiles, qu'elles aimeraient pourtant ne pas ressentir. Souvent on accuse les situations, les autres, de nous faire ressentir cela, de nous faire sortir de nos gonds. C'est une question qu'on a besoin d'examiner : l'autre est juste une manière de révéler en nous ce à quoi nous sommes identifiés.
Ce que me dit l'émotion
Regardons ce que me dit l'émotion. Quel est son langage ? Quand je m'en occupe, quand j'accepte de l'observer, quand j'accepte de me remettre en question - et non pas de déverser sur l'autre toutes mes blessures, mais d'avoir le courage de faire face et d'écouter ce que me dit l'émotion. La colère, la peur, la honte, la jalousie, la tristesse - qu'est-ce qu'elles me disent ?
Quand on accepte d'interroger l'émotion, d'écouter ce qu'il y a derrière son message, on voit que finalement l'émotion me montre quelque chose que je n'avais pas vu. Une fois que je prends en compte ce que je n'avais pas vu - peut-être que derrière la colère, il y a un besoin d'être entendu, un besoin d'être respecté, qui n'a pas été vécu - à ce moment-là, l'émotion d'elle-même se transforme, elle n'a plus besoin d'être. Lorsqu'on accueille, accepte, reconnaît l'émotion, c'est la meilleure manière de faire qu'elle disparaisse, qu'elle se dissipe.
La vague et le cycle
J'emploie parfois l'image d'un cycle. L'émotion va atteindre un certain sommet, elle va monter en puissance, puis naturellement décroître et se dissoudre. Sauf si on s'identifie à cette montée constamment. À ce moment-là, il n'y a jamais de véritable détente, la vague ne se relâche jamais - et ça épuise, parce que l'émotion c'est aussi notre énergie, c'est aussi ce que nous sommes.
Prendre l'enfant par les mains
Imaginez que votre émotion soit comme un enfant. Prenez cet enfant en colère ou qui a du chagrin, prenez ses petites mains, et dites-lui : je reste avec toi, jusqu'à ce que tu aies épuisé la colère, épuisé le chagrin. Je suis là simplement, je reste avec toi. Vas-y, tu peux laisser le chagrin être, laisser les pleurs se déverser, laisser la colère être ce qu'elle est, et observer ce qui se passe.
Si nous étions capables d'agir ainsi, peut-être que ça prendrait beaucoup moins de temps pour que l'émotion soit la vague qui se transforme. C'est cela, être dans la douceur : permettre que l'émotion soit, ne pas en avoir peur, se sentir en sécurité parce qu'on accepte totalement que les émotions soient là. Alors qu'en général on fait l'inverse : on résiste. Quand un enfant est en colère, on interrompt, on ne laisse pas le cycle aller jusqu'au bout parce qu'on n'a pas confiance, parce qu'on n'a pas expérimenté soi-même - et cette interruption constante est extrêmement violente.
La dépendance émotionnelle
Cette violence fait partie de comment on a appris, enfants, à rester avec ces émotions. Des enfants contrariés, qui n'ont pas le droit de s'exprimer. Ce qu'on a appris dans notre famille - pour se faire aimer, être sage, performant, tout ce qu'on a pu nous demander - on est parfois resté avec ça : dans cette dépendance émotionnelle par rapport à ce que les autres vont nous renvoyer. On cherche constamment, comme des enfants, à être approuvés, à être aimés, seulement si les autres nous envoient ce message-là. Ce petit sucre émotionnel qui ne va pas durer, et qui ne correspond pas du tout finalement.
Sommes-nous dans des formes de dépendance émotionnelle qui nous donnent l'impression d'un mal-être constant ? Ce ne suffit pas d'une fois - c'est le propos d'une dépendance - constamment à chercher de la reconnaissance. Des fardeaux, peut-être, que vous pouvez poser aujourd'hui : en apprenant à vous donner à vous-mêmes l'approbation d'être ce que vous êtes, la sécurité, l'amour. En apprenant à cultiver intérieurement un dialogue différent. Et aussi à cultiver des émotions plus élevées, plus fines et plus subtiles : la paix, la joie, la liberté, de manière inconditionnée. Car c'est notre état naturel - inconditionné signifie qu'on n'a pas besoin de conditions pour ressentir cela.
Nourrir les émotions élevées
Laissez résonner ce qui vient d'être dit, pour percevoir votre relation à ce que vous êtes et à ces émotions. Apprendre, non seulement à considérer que les émotions ne sont pas nos ennemis et qu'on peut en apprendre beaucoup d'elles, mais aussi à cultiver, à nourrir les bonnes émotions chaque jour : s'émerveiller, développer la joie, la gratitude, la bienveillance, la liberté. Tout cela est à notre disposition. L'enseignement nous dit : nourris ces graines, cultive-les. D'autant plus que nous sommes habitués à trouver normales toutes les émotions négatives qui circulent autour de nous dans le bruit du monde - où on se plaint constamment, où on est tout le temps dans la critique, la mauvaise humeur, à voir ce qui ne va pas. Quel genre d'énergie ça génère ?
Demandez à votre corps quel genre d'énergie se cultive quand il est constamment dans la solidification, la rigidification de toutes ces émotions qu'on entretient sans s'en rendre compte. Dès le matin que je me lève : qu'est-ce que je nourris comme mouvement intérieur, comme émotion ? On a à regarder cela, même dans une voie spirituelle où souvent on reste méfiant, à distance des émotions - alors qu'elles sont de l'énergie. Sans émotion, pas d'éveil. C'est de l'énergie : vibrant, vivant, rayonnant, en vous, pas ailleurs, pas quelque chose de mental qu'on va maîtriser ou contrôler.
Cette question de l'émotion est centrale, cruciale, dans notre vie quotidienne comme sur la voie spirituelle. Ne pas hésiter à nourrir les émotions plus élevées, plus subtiles : gratitude, bienveillance, joie du cœur, émerveillement, liberté, créativité. S'autoriser à vivre ces émotions plutôt que d'être constamment dans la peur de l'échec, la peur du vide, la peur d'être seul - toutes ces peurs qui génèrent des émotions très lourdes, très douloureuses.
S'entraîner à se laisser ressentir : c'est la pratique de ces émotions élevées. Se laisser ressentir l'abondance, la sécurité, la confiance, la liberté. Développer la richesse de la douceur - car dans la douceur il y a énormément de richesse. Prendre l'enfant par les petites mains et lui dire : vas-y, tu as l'espace, un espace contenant, matriciel, où tu peux déverser tout ce qui est là, laisser la vague te traverser - et passer à cette grande détente, cette grande paix, cette grande sécurité. C'est ainsi qu'il s'agit d'agir envers nous-mêmes.
La douceur, la vulnérabilité, la vraie force
Cela demande du courage : faire face à ce que nous sommes, revisiter, questionner notre relation aux émotions. Dans cette douceur aussi, une conscience de notre vulnérabilité - et quand la vulnérabilité est totalement accueillie, elle génère de la vraie force. Non pas une force bâtie sur le déni, la rigidité, l'indifférence - je tiens bon, je refoule et je tiens bon, on va craquer un jour si on est ainsi. Une vraie force, une vraie puissance, capable de se laisser traverser par les plus grandes vagues sans être totalement engloutie par elles.
La douceur, la vulnérabilité, la vraie force - c'est ce qui remet en question le fait de ne rien montrer, de se dire que rien ne nous atteint. Ça coûte beaucoup d'énergie de faire ainsi, et ça nous coupe du vivant. Si nous acceptons ce mouvement du vivant, vibrant, rayonnant, l'énergie qu'il y a dans l'émotion, alors nous allons découvrir cette richesse : on accepte d'être touché, on accepte de ressentir, on accepte de se laisser traverser. Le cœur n'est pas fermé. Cette fragilité n'est pas une incapacité, cette douceur n'est pas une mollesse. On peut être totalement ouvert et rester dans cette ouverture.
Il y a une manière de faire que l'expérience humaine génère une qualité de présence : cela me touche profondément, et je peux rester avec cela. Alors qu'habituellement ce qu'on aimerait, c'est que les émotions s'en aillent et que moi je reste. Il s'agit ici de comprendre le mouvement inverse : être cet espace qui se laisse traverser. C'est là qu'on va trouver la véritable force - une grande souplesse, une grande capacité d'accueil dans laquelle le cœur peut devenir beaucoup plus vaste que ce qu'il ressent, quelque chose qui s'ouvre infiniment. Accueillir avec douceur les émotions : juste observer, se laisser toucher, être vulnérable pour trouver sa vraie puissance.
La pratique quotidienne
Je vous invite chaque jour - non pas à essayer, mais à le faire : cultiver, nourrir, comme vous nourrissez votre corps, cette énergie subtile et puissante qui vit dans la respiration naturelle du cœur - la joie, la liberté, l'émerveillement, tout ce qui est déjà là. Fermez aussi la porte à toute la négativité ambiante. C'est un peu comme s'il y avait l'autoroute de la négativité - facile à prendre - et le petit chemin que vous allez creuser dans la forêt, petit à petit, chaque jour. En vous entraînant, vous donnez une réalité à ce chemin qui devient de plus en plus fort et puissant. C'est cela la pratique : chaque jour, avec patience, persévérance, douceur, joie, nous nourrissons cette nouvelle conscience, ce nouvel état d'être, cette nouvelle identité.
Bonne pratique, et à bientôt !




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