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Vivre l'interdépendance


Rien n’existe seul

Qu’est-ce que l’interdépendance dans la vision de la voie du Bouddha ?


Cela signifie d’abord que rien n’existe seul. La première souffrance est l’idée que nous existons séparément.


Par exemple, la respiration elle-même n’est pas ma respiration, mais un échange permanent avec l’environnement.

Parler d’interdépendance, ce n’est pas parler d’une abstraction ou d’un idéal spirituel. C’est réellement proposer d’observer la loi du réel, de voir comment les choses fonctionnent.


Et le cœur de l’enseignement du Bouddha est cette notion que l’on appelle la coproduction conditionnée. Ce qui signifie : ceci étant, cela est.

Rien n’apparaît par soi-même.Tout surgit de causes et de conditions.

Que ce soit une émotion, une relation, une souffrance, tout ce que je vis n’est jamais strictement personnel, seulement personnel.


Comprendre cela, c’est développer une vision différente de ce que nous sommes et de ce qui est.


Interdépendance et non-soi

Il y a, bien sûr, du point de vue de l’enseignement, un lien entre l’interdépendance et ce que l’on appelle le non-soi.

Il s’agit aussi de bien comprendre ce que cela signifie.

Qui vit quoi ? Si tout est conditionné, où est ce moi autonome, auto-créé, indépendant, permanent ?

Il ne s’agit pas de nier le soi, mais de le percevoir comme un processus et non comme une entité.

Le non-soi n’est pas la disparition du soi. Il est, d’une certaine manière, une façon de se décentrer, d’être dans cet espace décentré.

Tout cela est très subtil.

Il s’agit donc de laisser résonner en nous ce que cela signifie. Bien comprendre qu’il ne s’agit jamais de nier le soi, mais de le percevoir d’une manière beaucoup plus subtile.

Une vague n’est jamais séparée de l’océan, mais elle n’est pas non plus l’océan.


Quel est le lien entre interdépendance et souffrance ?

L’interdépendance nous donne aussi une vision de la manière dont nous souffrons.

Nous voulons que les choses soient stables dans un monde conditionné. Nous voulons du contrôle dans un tissu relationnel.


Le mécanisme de la souffrance, c’est de se laisser agir par les trois poisons qui sont au centre de la roue des existences :

  • l’avidité — vouloir retenir

  • l’aversion — vouloir rejeter

  • l’ignorance — croire à la séparation


L’ignorance, c’est justement être dans la négation de cette idée d’interdépendance.

Finalement, la souffrance naît quand nous oublions l’interdépendance, quand nous solidifions tout ce que nous vivons de manière séparée, dans la dualité et la fermeture.


L’exemple de la colère

Prenons l’émotion de la colère.

Existe-t-il un moi colérique fixe ? Un moi auquel je pourrais m’identifier : « je suis quelqu’un de colérique » ?


Si nous regardons cela du point de vue de l’interdépendance, la colère n’est pas toute seule.

Elle est coproduite.

Elle est coproduite par tout un ensemble de conditions :

  • la fatigue accumulée

  • une insécurité affective qui remonte à l’enfance

  • des mémoires d’abandon

  • une interprétation personnelle

  • des habitudes de réaction

  • un sentiment d’urgence

  • le contexte du moment

  • le ton de voix de l’autre


Il n’y a pas là d’existence propre et autonome d’un moi colérique fixe.

Cela apparaît lorsque les conditions se réunissent. Cela se transforme lorsque les conditions se modifient.


Il y a donc un réseau dynamique de conditions en interaction.

De même qu’il n’y a pas un moi colérique fixe, il n’y a pas non plus un coupable extérieur.

Tout cela se situe dans cette interdépendance dynamique, ce changement permanent,et cette manière de voir les choses en lien,de sortir de cet enfermement : moi / autre.


L’exemple de la fleur

Il y a l’exemple, bien connu, de la fleur.

Dans la fleur, il y a le soleil, la pluie, la terre, le compost, le jardinier, les saisons, les insectes pollinisateurs.

Nous pouvons même dire qu’elle est faite de non-fleurs.

C’est une manière d’exprimer que ce que je perçois comme « fleur » est constitué d’éléments non-fleurs.

La fleur n’est pas une entité isolée. Elle est relation.


L’interdépendance est donc aussi une manière de vivre le monde comme relation.


L’exemple d’une vocation

Prenons encore l’exemple d’une vocation professionnelle.

Nous pouvons nous attribuer l’idée d’un choix strictement individuel.C’est un peu le mythe du choix individuel.

Or, le choix est lui-même produit par :

  • l’histoire familiale, avec ses souffrances, ses secrets, ses blessures

  • des dispositions personnelles, un tempérament

  • des rencontres décisives

  • des conditions économiques

  • un contexte social qui valorise ou non certaines orientations

  • des lectures marquantes

  • des expériences de vie

  • des opportunités concrètes


Là encore, ce « je » qui choisit n’est pas une entité isolée.

Il est une construction conditionnée.

Cela n’est pas péjoratif. Et cela ne nie pas la liberté.


Cela montre simplement que la liberté s’exerce dans un champ de conditions, et non hors de tout.


Si nous résumons :

  • rien n’apparaît sans cause et condition

  • rien ne demeure identique d’instant en instant

  • rien n’existe séparément

  • le moi lui-même est conditionné


C’est dans cette vision dynamique, dans ce rappel de l’interdépendance,que nous pouvons sortir de l’ignorance et de la souffrance.


Ceci est, quand ceci est, cela est. Quand ceci cesse, cela cesse.


À bientôt.

1 commentaire


catia.pema
il y a 6 heures

Merci Wangmo pour ce rappel fondamental parce qu'il apaise direct l'esprit ;0) ça fait beaucoup de bien et particulièrement aujourd'hui ;0) autant dire que ce podcast "Vivre l'interdépendance" tombe à pic !!! Encore merci pour ce baume à l'âme ;0)

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