Combien de temps dure l'essentiel ?
- Hélène C Wangmo

- il y a 2 jours
- 2 min de lecture

Il y a des pensées qui surgissent au détour d’une journée ordinaire, comme des éclats de lucidité. Celle-ci concerne notre rapport à l’enseignement et à l’engagement. Dans un monde où tout change vite, où les propositions se succèdent à une vitesse vertigineuse, comment percevons-nous la valeur d’un chemin qui s’inscrit dans la durée ?
La difficulté de pratiquer dans le quotidien
Beaucoup l’expriment : il n’est pas simple de pratiquer régulièrement, de maintenir un lien vivant avec un enseignement au cœur d’une vie dense et sollicitée. Cette difficulté est réelle. Pourtant, quand on se tourne vers les traditions qui ont traversé des siècles, on découvre une constance étonnante : ces enseignements continuent d’exister, d’accompagner, de questionner. Ils ont survécu à des cultures différentes, à des contextes politiques opposés, à des bouleversements historiques parfois violents.
Ils demeurent — et c’est déjà un enseignement en soi.
La fascination contemporaine pour l’éphémère
À l’inverse, notre époque adore ce qui scintille quelques instants. Les nouveaux courants du développement personnel ou de la pseudo-spiritualité émergent souvent comme des météores, portés par des personnalités charismatiques, des concepts séduisants, ou une forme d’auto-mise en scène très à la mode.
On y retrouve parfois du narcissisme, une redécouverte orgueilleuse de ce qui existait déjà dans des traditions anciennes. On réinvente des mots, on change la forme, mais le fond manque souvent d’expérience, de transmission et, surtout, de temps.
Car ce qui n’a pas été éprouvé par la durée s’évanouit rapidement.
La profondeur appelle l’engagement
La question devient alors : notre difficulté à nous engager ne serait-elle pas liée à cette fascination pour ce qui ne dure pas ? À cette illusion de liberté qui consiste à picorer ici ou là sans jamais se donner vraiment ? Nous croyons être libres parce qu’aucune exigence ne s’impose, parce qu’on « fait comme on veut ». Mais cette absence d’engagement laisse souvent un goût de vide, de poussière, de vanité.
Un chemin qui transforme demande du temps : dix, vingt, trente, quarante ans… parfois une vie entière. C’est une maturation lente, un compagnonnage avec un enseignement qui ne se contente pas d’un stage ponctuel ni d’une inspiration passagère.
Ce qui nous soutient réellement
Les enseignements profonds, eux, sont toujours là. Ils ne se lassent pas. Ils n’abandonnent pas. Ils suivent, ils accompagnent, ils répondent si on les questionne. Leur nature n’est pas dictée par les modes, mais par une expérience accumulée au fil des générations.
Et c’est peut-être là que se joue quelque chose d’essentiel : revenir au fond. Le fond qui demeure quand les formes changent. Le fond qui soutient quand nous nous égarons. Le fond qui accompagne silencieusement, même lorsque nous l’avons oublié.
Revenir à l’essentiel
Dans un monde où tant de voies apparaissent puis disparaissent, il est précieux de réfléchir à ce qui dure vraiment. Non pour rejeter ce qui est léger ou nouveau, mais pour reconnaître la valeur du long terme, de l’ancrage, de la patience. Reconnaître aussi que notre motivation et notre engagement ont besoin d’être nourris, clarifiés, réajustés.
Ce n’est pas un propos spectaculaire, ni un message dans l’air du temps. C’est une invitation à regarder en profondeur ce qui reste, ce qui vaut, ce qui transforme réellement.
Une invitation, simplement, à revenir à l’essentiel.




Commentaires