Les supports de la méditation
- Hélène C Wangmo

- 20 nov. 2025
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Transcript
Je voudrais vous parler des différents supports selon les méditations pratiquées.
Dans la pratique de śamatha-vipaśyanā, en sanskrit (et zhi-né lhag-tong en tibétain), que l’on traduit par le calme mental et la vision pénétrante, il s’agit de pacifier l’esprit et de voir la nature de ce qui apparaît lorsque l’esprit s’apaise.
C’est l’image traditionnelle du bocal agité : dans un bocal rempli d’eau et de terre, si l’on secoue, tout est mélangé et l’eau devient trouble. Mais si on le dépose, peu à peu les particules retombent et la clarté de l’eau, qui a toujours été là, réapparaît.
C’est une très belle image de ce qui se passe dans notre esprit : l’agitation, la distraction, la multitude de pensées nous empêchent de percevoir la nature même de l’esprit.
Alors, comme on pose le bocal, on se pose sur le coussin. On entre dans cette verticalité qui nous ancre et nous relie à la fois à la terre et au ciel.
Les supports dans cette pratique sont d’abord le corps — les sensations corporelles que l’on observe avec bienveillance — puis le souffle, le va-et-vient de la respiration.
C’est sur ce souffle que l’attention se pose, se recentre, se détend. À chaque expiration, on peut suivre le souffle jusqu’à sa dissolution dans l’espace, puis laisser l’inspiration revenir naturellement.
Cette pratique nous apprend à ramener l’attention, à stabiliser l’esprit, et à découvrir l’espace intérieur : un espace semblable à un ciel qui n’est pas affecté par les nuages. Derrière les pensées, il y a cette clarté, cette conscience ouverte, qui observe sans être perturbée.
C’est là la base de śamatha-vipaśyanā.
Puis vient l’entraînement de l’esprit, que l’on appelle en tibétain lojong, dont la pratique centrale est tonglen — prendre et donner.
Ici, la respiration devient celle du cœur : une respiration du cœur-esprit (sems). Sur l’inspiration, on accueille ce que l’on refuse d’ordinaire — la souffrance, les difficultés, la peur. Et sur l’expiration, on offre ce que l’on souhaite cultiver — la bienveillance, la paix, la joie, la clarté.
Dans tonglen, on évoque les autres êtres, leurs situations, leurs souffrances, et on ouvre notre cœur à eux.
C’est une pratique d’amour et de compassion (maitrī et karuṇā), qui dépasse la dualité moi/autre.
Il ne s’agit ni d’une pratique mentale ni sentimentale, mais de l’expérience directe de bodhicitta, l’esprit d’éveil : une conscience vaste, ouverte, chaleureuse, dans laquelle tout apparaît et tout est vivant.
J’ai oublié de préciser qu’un autre support important, dans le cadre de la méditation, est la méditation analytique (dpyad sgom), qui consiste à contempler une question ou un thème — par exemple l’impermanence, la nature du moi, la vacuité — afin d’éveiller la compréhension intuitive.
Ces contemplations ne sont pas de la réflexion intellectuelle, mais une manière d’ouvrir l’accès à la vision directe (lhag tong), la vision pénétrante.
Enfin, la pratique des déités (yidam) introduit un autre support : le son (mantra) et la visualisation.
Dans cet espace clair et vide, la visualisation apparaît comme une expression de clarté et de vacuité — la manifestation du saṃbhogakāya, le corps de jouissance ou corps de gloire des bouddhas.
Dans les pratiques liées au mandala des ḍākinī, on évoque d’abord les énergies bloquées ou obscurcies, puis, par la transformation, on réalise directement leur nature éveillée, symbolisée par la ḍākinī.
La visualisation devient spontanée : je deviens la ḍākinī.
Il ne s’agit pas de se transformer physiquement ou de se figer dans une image, mais de reconnaître et d’incarner l’expérience de cette énergie éveillée.
Si l’on solidifie cette expérience, ou si l’on reste dans la dualité, la pratique perd son sens.
La pratique des déités est une méthode subtile : elle conduit à réaliser que la déité, le méditant et la méditation ne sont pas séparés.
Voilà, j’espère avoir éclairé un peu les différents supports de la méditation, et vous inspirer à en goûter la richesse — ces pratiques ne sont pas autre chose que ce que nous sommes déjà, dans notre nature la plus profonde.
Photo de couverture article : Photo de 大 董




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