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Tonglen : accueillir et offrir dans le creuset du cœur

19 oct.
4 min de lecture

Tonglen, pratique du Mahayana, du Grand Véhicule, est souvent présentée comme un échange : inspirer la souffrance, expirer le bien-être. Mais sur quoi repose-t-elle vraiment ? Avant toute technique, il y a l'ouverture. Une expérience très concrète, qui se développe avec la respiration, et qui se vit dans le cœur plutôt que dans les pensées. Voici quelques éclaircissements pour entrer dans cette pratique sans la compliquer - et la laisser devenir l'expression naturelle du cœur.



L'ouverture, base de la pratique

Tonglen consiste à développer l'ouverture. L'ouverture, c'est une expérience de vacuité, de non-saisie, de transparence. Une expérience qui se développe en lien avec la respiration.

Tonglen, c'est accueillir. S'ouvrir à l'accueil des difficultés, de l'adversité, de ce que d'habitude on ne souhaite pas et à quoi on se ferme. Et cela se fait sur le mouvement de l'inspire : accueillir. L'ouverture, c'est l'accueil - c'est la même chose que s'ouvrir.


C'est une expérience très concrète. Si nous sommes fermés, centrés seulement dans les pensées, dans la dualité, dans les identifications, on ne réussit pas cette pratique. La base, c'est l'ouverture. Déjà, tranquillement, se poser et observer intérieurement où nous sommes.


L'alchimie du cœur

Ensuite, le mouvement de l'inspire : c'est le mouvement de compassion.

Puis il y a l'alchimie, car Tonglen est une pratique alchimique, qui se fait dans le creuset du cœur. Dans cette ouverture - on pourrait dire aussi dans cette vacuité, un autre mot pour désigner l'ouverture - il y a un cœur extrêmement réceptif, sensible, qui peut se laisser toucher sans être submergé. Dans cette vacuité, le cœur est touché, et il peut prendre sa place dans une radiance puissante.


La pulsation du cœur, son mouvement interne, c'est de donner et d'offrir. Dans l'expire, on offre toutes les qualités, toute la transformation qui passe par ce cœur - ce lieu au centre de la poitrine où l'on porte attention et respiration. Dans ce creuset alchimique, il y a le don, la générosité, l'ouverture à la transformation, au rayonnement des qualités. Et ce rayonnement est distribué pour tous les êtres, dans un espace totalement ouvert et sans frontières.


C'est cela que ressent le cœur.


Ni mentale, ni sentimentale

Tonglen n'est pas une pratique mentale, ni sentimentale. C'est une pratique d'ouverture, dans ces deux mouvements.

Cette ouverture permet d'accueillir dans notre vie quotidienne ce que l'on a tendance à ne pas vouloir, à ignorer, à rejeter, ce dont on se coupe. Elle passe par la capacité du cœur à vivre ce double accueil : accueillir l'adversité, et accueillir le fait de distribuer, d'offrir la transformation de cette adversité. Une énergie de don qui distribue les qualités, générée par la radiance du cœur, dont le mouvement naturel est de donner sans compter, de donner sans jamais s'épuiser - et même d'être riche de ces dons.


Commencer par soi-même

La pratique repose d'abord sur une expérience d'ouverture : un petit temps de stabilité, comme on peut le faire dans Shiné, Shiné-Lhaktong, Shamatha-Vipashyana. Un moment tranquille. On se pose - assis, ou pourquoi pas debout. On sent simplement qu'il y a, à l'intérieur, cette disponibilité. Qu'on n'est pas trop envahi par soi-même.

Et si on l'est, on peut bien sûr faire Tonglen avec soi-même. C'est d'ailleurs par là que cela commence. Si l'on sent en soi une résistance, un malaise, une émotion douloureuse, difficile, envahissante, on commence par accueillir ce qui est en nous et qui fait barrière - pour passer ensuite à une dimension beaucoup plus vaste.

On peut nommer l'émotion, nommer la situation difficile, le conflit. On accueille sur l'inspire. À la fin de l'inspire, on peut faire une petite pause et se centrer dans le cœur. Puis l'expire passe à travers ce cœur, et dans cet expire, on se donne à soi-même ce qui vient spontanément : la tranquillité, la paix, la confiance, la compassion envers soi-même.


Ce qui vient. Il n'est pas nécessaire de compliquer. Ce n'est pas mental : c'est essentiellement ressentir, parce que c'est la qualité du cœur - ressentir, mais dans un espace qui s'ouvre de plus en plus. À ce moment-là, le cœur devient de plus en plus puissant.


Puis pour l'autre

Une fois qu'on l'a fait pour soi-même et qu'on se sent un peu mieux, on peut prendre une situation qui implique quelqu'un d'autre. Si vous connaissez une personne en difficulté, vous accueillez son ressenti émotionnel. Vous accueillez cela, puis vous lui offrez tout ce qui pourrait être de l'aide, du soutien, tout ce qui vous vient, d'une manière très naturelle.

Le cœur, c'est cela. Si vous êtes dans trop de pensées, c'est que vous n'êtes plus dans le cœur : vous revenez, vous vous centrez dans le cœur. Le cœur sait tout à fait comment faire.


C'est pourquoi ce n'est pas une pratique qui doit être automatique ou compliquée. Au contraire, elle laisse place au cœur - c'est votre cœur qui s'exprime. Naturellement, le cœur accueille ce qui est difficile et offre le meilleur. Cela va dans le sens de notre nature, lorsque nous ne sommes pas enfermés dans la dualité, dans les pensées - la dualité, j'entends : moi et les autres, comme profondément séparés, différents, ennemis.

On laisse ce cœur être touché. C'est le point sensible.


Sans attente

On peut développer tout cela bien sûr, par d'autres petits moments de pratique. Mais si vous avez compris le sens, vous pouvez vous poser. Cela peut durer juste quelques minutes, car l'essentiel est de ressentir dans le cœur cette alchimie, cette transformation qui s'opère : accueillir et offrir.

Et de faire cela, comme on termine notre pratique, absolument sans attente. On n'attend pas de résultat. On ne surveille pas si le fait de l'avoir fait pour soi ou pour les autres amène quelque chose de meilleur. Non : on fait confiance, simplement. On fait ce que l'on a à faire, ce que le cœur sait.

C'est aussi la confiance dans tous les liens interconnectés, dans cet espace de la nature de ce que nous sommes, tous profondément reliés. C'est cette conscience profonde qu'il s'agit de développer pour que la pratique prenne vraiment : la conscience de l'interdépendance. Toutes ces bases qui nous permettent de comprendre comment l'esprit fonctionne, à la fois dans ses fermetures et ses conditionnements, et dans sa profondeur, au-delà des identifications, des pensées, du mental.


C'est dans cet espace que la pratique peut se développer.


Bonne pratique à vous.

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