Éclairage sur les abus, incestes, viols dans les lignées masculines
- Hélène C Wangmo

- il y a 6 jours
- 3 min de lecture
Cet épisode aborde un thème très sensible : les abus, les viols, les incestes entre garçons. Il répond à des questionnements que vous avez partagés.
Un éclairage transgénérationnel ne justifie absolument pas les actes et ne réduit pas la responsabilité individuelle. Je vous invite à recevoir ce qui suit non pas comme une excuse ou une justification, mais comme une compréhension profonde - parce que dans les abus, les incestes, les viols, on retrouve souvent des répétitions dans les lignées.
Laissez résonner en vous cette approche.
Une lecture transgénérationnelle
Les violences sexuelles entre garçons ne viennent pas de nulle part. Elles peuvent s'inscrire dans des chaînes de répétition inconsciente : des abus passés qui n'ont jamais été reconnus, des secrets familiaux enfouis, des souffrances dissociées plutôt que traversées.
Un enfant, un adolescent, peut alors porter quelque chose qui ne lui appartient pas entièrement - et le rejouer. Parfois en inversant les rôles : la victime devient l'agresseur, l'agresseur devient la victime, ou la confusion des deux. Cela ne veut pas dire que tout est déterminé, mais que certains terrains psychiques peuvent être fragilisés par l'histoire.
La spécificité des violences entre garçons
Plusieurs éléments apparaissent dans une lecture systémique propre à ces violences.
La confusion des repères masculins. Quand la lignée masculine est marquée par le silence émotionnel, la violence contenue ou exprimée, l'absence ou la défaillance du père, l'énergie masculine peut devenir désorientée - cherchant à s'affirmer par la domination, par l'imitation de modèles violents ou la reproduction d'abus vécus.
La transmission de la honte et du secret. Chez les hommes en particulier, les abus subis sont très rarement dits. Cela crée une honte silencieuse, une difficulté à reconnaître la vulnérabilité, une tendance à agir plutôt qu'à ressentir. Ce qui n'a pas été nommé peut être agi dans la génération suivante. Parfois on se demande : pourquoi les personnes ne parlent pas ? C'est un thème en soi, complexe. Mais il semble que cette transmission est aussi liée au silence - peut-être encore plus profond dans les lignées masculines.
La sexualité dissociée. La sexualité peut être vécue comme un lieu de confusion - entre l'affection, la domination et la violence. Elle peut être l'espace où s'exprime un traumatisme non intégré. Chez certains garçons, l'acte violent peut être une tentative maladroite de comprendre ce qu'ils ont vécu, de reprendre du pouvoir ou d'appartenir à un groupe.
La loyauté invisible. On a déjà évoqué cette notion de loyauté inconsciente. Dans certaines familles ou systèmes, elle peut prendre cette forme : je porte ce qui n'a pas été vu, je répète pour que cela apparaisse enfin, ou je reste lié à celui qui a souffert ou fait souffrir. Ce qui peut amener des scénarios où la violence circule de génération en génération, où les rôles se mélangent, où le système tente maladroitement de montrer quelque chose.
Quelque chose cherche à se réparer
Sans jamais justifier les actes - répétons-le - on peut dire que dans ces situations, quelque chose cherche à se réparer. Quelque chose cherche à être reconnu. Des traumas anciens, des abus, quelque chose cherche à être remis à sa juste place. Quelque chose appelle à une réintégration du corps et du consentement.
Quelques pistes - en thérapie et en constellation
Dans un accompagnement thérapeutique ou de constellation, plusieurs axes peuvent être visés.
Nommer clairement : sortir du secret, reconnaître les faits, et distinguer la responsabilité de la transmission.
Restaurer les limites : réintroduire le respect du corps, la notion de consentement, la différenciation entre soi et l'autre. Redonner une place juste. Dans une constellation, chacun reprend ce qui lui appartient - les victimes sont reconnues, les auteurs sont responsabilisés, sans exclusion du système humain, mais sans confusion.
Travailler la lignée masculine : réhabiliter une masculinité non violente, reconnecter à une force protectrice plutôt que prédatrice, restaurer la capacité à ressentir et à exprimer.
Des phrases peuvent être dites dans ce travail : « Je vois ce qui a été fait, ce qui a été subi. Je rends à chacun sa part. Je choisis d'arrêter la répétition et je me tiens du côté de la vie et du respect. »
La responsabilité reste individuelle
Comprendre la transmission n'excuse pas les actes. Ce n'est pas parce que je comprends l'origine que cela m'exonère de ce que je fais. Non. La compréhension ne remplace pas la protection des victimes. Et toutes ces situations nécessitent un accompagnement professionnel, thérapeutique - et parfois aussi juridique.
Si cet éclairage transgénérationnel peut apporter quelque chose, c'est peut-être d'observer ces différents points - et d'ouvrir un espace où ce qui a été tu peut enfin être vu.
Si vous avez des questions, n'hésitez pas à me les faire part.




Commentaires